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    Guide 2 · ÉvaluerApprofondissement du chapitre 1

    Guide · Évaluer l'impact · Chapitre 1, approfondissement

    ROI d'une formation ou d'un coaching : comment le calculer sans tricher ?

    Tout le monde veut un retour sur investissement, personne ne veut l'hypothèse qui va avec. La méthode de Phillips appliquée à un coaching de six séances, résultat négatif la première année, et pourquoi ce chiffre convainc plus qu'un « ×7 ».

    Sommaire · Quelle est la formule, et que dit-elle vraiment ?
    1. Quelle est la formule, et que dit-elle vraiment ?
    2. Les quatre étapes d'un ROI qui tient devant un comité
    3. L'exemple complet : un coaching de six séances à −16 %
    4. Ce que dit vraiment l'étude ICF de 2009
    5. Le SROI pour un incubateur ou un dispositif subventionné
    6. Questions fréquentes

    Il y a plus de quinze ans, un comité de direction m'a demandé, devant un ROI flatteur : « Et vous l'avez isolé comment ? » Je n'avais pas de réponse. Cette page prolonge le chapitre sur le modèle de Kirkpatrick et le cinquième niveau de Phillips du guide Comment évaluer l'impact de ses formations et accompagnements ?, pour les cabinets de coaching, de bilan de compétences, d'outplacement et les incubateurs, en France et en Belgique.

    Quelle est la formule, et que dit-elle vraiment ?

    Deux ratios, définis par le ROI Institute1 dans son guide de mars 2022 : le rapport bénéfices/coûts (BCR), et le ROI, la même chose en pourcentage net, (bénéfices − coûts) ÷ coûts × 100.

    La formule est triviale. Tout se joue au numérateur, et la méthode de Jack Phillips tient en douze principes directeurs, dont cinq décident de la crédibilité d'un cabinet : retenir l'option la plus conservatrice (principe 4), isoler les effets (5), ajuster les estimations pour l'erreur (7), ne compter que la première année de bénéfices (9), charger tous les coûts (10) ; deux autres font mal : un non-répondant compte pour zéro, une valeur extrême sort du calcul. Le principe 11 : ce qui ne se convertit pas en euros se présente comme intangible. Patti Phillips (« Show Me the Money »2, octobre 2021) réserve ce calcul à 5 à 10 % des programmes (fiche ROI de la formation).

    La plupart des acheteurs s'en passent : le Ridler Report 20166 compte 14 % d'organisations britanniques avec une mesure financière, et 74 % qui jugent la mission sur les objectifs fixés au départ, sans isolation ni conversion, le Return on Expectations décrit dans le chapitre sur le modèle de Kirkpatrick.

    Les quatre étapes d'un ROI qui tient devant un comité

    1. Chiffrer les coûts complets : honoraires, temps du bénéficiaire et du sponsor du coaching, déplacements. Un ROI calculé sur les seuls honoraires est faux.
    2. Convertir un bénéfice en euros. Un seul indicateur, choisi avec le client RH ou le financeur : un départ évité valorisé au coût de remplacement, une absence longue évitée.
    3. Isoler l'effet de l'accompagnement. Chez les praticiens recensés par Patti Phillips (ROI Institute, 2021), 34 % utilisent un groupe témoin et 57 % l'estimation du participant ajustée par un indice de confiance, la voie d'un cabinet : « Quelle part de ce résultat attribuez-vous au coaching ? »
    4. Pondérer par la confiance : « À quel point en êtes-vous sûr ? » Une part de 50 % sûre à 80 % retient 40 % du gain. On ne compte que la première année, et ce qui est écarté s'écrit dans le rapport.

    L'exemple complet : un coaching de six séances à −16 %

    Toutes les valeurs ci-dessous sont des hypothèses. Un cabinet facture six séances 4 500 € ; le coaché, un manager, y consacre 6 heures valorisées 60 € l'heure, son N+1 2 heures. Six mois plus tard, un collaborateur qui voulait partir est resté ; la DRH estime un remplacement à 15 000 €, le coaché en attribue 40 % au coaching, avec une confiance de 70 %.

    Exemple chiffré à hypothèses : ROI d'un coaching de six séances, première année
    PosteCalculMontant (€)
    Honoraires du cabinet4 500
    Temps du coaché6 h × 60 €/h360
    Temps du N+12 h × 60 €/h120
    Coûts complets4 980
    Résultat brut1 départ évité15 000
    Part attribuée au coaching40 % × 15 0006 000
    Pondération par la confiance70 % × 6 0004 200
    Bénéfice net4 200 − 4 980−780
    ROI première année−780 ÷ 4 980 × 100−16 %
    Du résultat brut au ROI prudent Entonnoir en quatre étages : résultat brut 15 000 € ; part attribuée 40 %, 6 000 € ; confiance 70 %, 4 200 € ; après 4 980 € de coûts, −780 €, ROI −16 %. Résultat brut : un départ évité, 15 000 € Part attribuée au coaching : 40 %, soit 6 000 € Pondérée par la confiance : 70 %, soit 4 200 € Après 4 980 € de coûts : ROI −16 %
    Chaque étage retire ce que l'accompagnement ne peut pas revendiquer (valeurs hypothétiques).

    Le résultat est négatif. Il est aussi défendable, et il ouvre la bonne discussion : la deuxième année, où les coûts sont nuls, et les intangibles que le principe 11 demande de présenter sans les convertir. Même raisonnement pour un bilan de compétences ou un outplacement.

    Le contrepoint : Nations Hotel, 221 %, toujours auto-estimé

    La plus rigoureuse des études de cas vient du ROI Institute : le coaching des cadres de Nations Hotel Corporation3, par Jack Phillips. Vingt-cinq cadres, trois comptés à zéro faute de données ; 1 861 158 $ de bénéfices la première année pour 579 800 $ de coûts complets, BCR 3,21, soit un ROI de 221 %. Tous les garde-fous y sont ; l'isolation reste pourtant une auto-estimation des cadres, et le rapport est signé par le promoteur de la méthode. Entre −16 % et 221 %, la différence tient aux hypothèses, pas à la méthode : d'où l'obligation de les écrire.

    Ce que dit vraiment l'étude ICF de 2009

    Le « ROI ×7 » existe, et il a une adresse : l'ICF Global Coaching Client Study4 (ICF, Association Resource Centre et PwC, avril 2009 ; terrain septembre-novembre 2008, 2 165 clients coachés, 64 pays). Parmi eux, 189 (9 %) ont fourni un gain estimé et une dépense. Sur ce sous-échantillon, le ROI médian déclaré par les clients d'entreprise est de 700 % (« 7 times ») ; 19 % annoncent au moins 50 fois leur mise, 28 % entre 10 et 49 fois ; les particuliers déclarent une médiane de 344 % ; « 86 % of those able to provide figures » disent avoir au moins récupéré l'investissement.

    À qui vous le cite, répondez : c'est le coaché qui estime, pas le financeur, et il n'y a pas de groupe témoin. Les auteurs écrivent eux-mêmes que ces résultats « should be interpreted with caution due to small sample sizes ». Anthony Grant juge, dans Coaching: An International Journal (2012)5, le ROI financier « an unreliable and insufficient measure » et lui préfère le bien-être, l'engagement et l'atteinte d'objectifs. Pour le tour complet des chiffres qui circulent (5,7×, 529 %, 689 %, 260 %), lisez ROI du coaching : que valent les chiffres qui circulent ? ; pour les méta-analyses, le chapitre sur l'efficacité du coaching.

    Le SROI pour un incubateur ou un dispositif subventionné

    Quand le payeur est public (une région, Wallonie Entreprendre, Bpifrance), le ROI financier ne répond pas à sa question. Le retour social sur investissement (SROI), formalisé par le Cabinet Office britannique en 2009 et traduit par l'ESSEC dans son guide du SROI7, suit six étapes et retire de l'impact quatre choses : le poids mort (ce qui serait arrivé sans vous), le déplacement, l'attribution aux autres acteurs et la diminution dans le temps.

    Pour un incubateur, le poids mort a un repère public : selon l'Insee8 (Insee Première n° 2070, 2025), 69,0 % des entreprises créées en 2018 étaient encore actives cinq ans plus tard, causalité avec l'accompagnement non établie. Un taux de survie de cohorte ne vaut qu'au-dessus de ce repère, une fois retiré l'effet de sélection à l'entrée (voir Teasio pour les incubateurs).

    Questions fréquentes

    Faut-il calculer un ROI pour chaque coaching ?

    Non. Patti Phillips (ROI Institute) ne calcule le niveau 5 que pour 5 à 10 % des programmes ; l'ATD (Effective Evaluation, 2019) compte 16 % d'organisations qui y parviennent. Gardez-le pour les missions dont le client sait chiffrer un bénéfice ; mesurez les autres aux marches 3 et 4, ou contractualisez un Return on Expectations.

    Comment isoler l'effet du coaching sans groupe témoin ?

    Par l'estimation du bénéficiaire, pondérée par sa confiance : « Quelle part de ce résultat attribuez-vous au coaching, et à quel point en êtes-vous sûr ? » Une part de 50 % avec une confiance de 80 % retient 40 % du gain. La question se pose à 6 mois, la réponse s'écrit dans le rapport.

    Que faire d'un ROI négatif la première année ?

    Le présenter tel quel, avec les hypothèses, les intangibles non convertis et la projection de la deuxième année, où les coûts sont nuls. Un ROI négatif documenté montre que le cabinet n'a rien gonflé ; les financeurs expérimentés se méfient des calculs qui ne le sont jamais.

    Photo de Christophe Fruytier

    Christophe Fruytier · Fondateur de Teasio.

    Dix-sept ans d'innovation RH, ancien directeur de l'innovation au comité exécutif de BPI Group.

    Ses autres guides
    Sources10 références, numérotées comme les appels de note

    Sources

    1. ROI Institute, « Measuring the ROI of Learning, Development and Performance Initiatives », mars 2022 — roiinstitute.net
    2. Patti P. Phillips, ROI Institute, « Show Me the Money: Moving from Impact to ROI », session 401, octobre 2021 (méthodes d'isolation : groupe témoin 34 %, estimation ajustée 57 % ; 5 à 10 % des programmes) — roiinstitute.net
    3. Jack J. Phillips, ROI Institute, « Measuring ROI in Business Coaching: Nations Hotel Corporation » (étude de cas, 25 cadres, ROI 221 %) — roiinstitute.net
    4. ICF, Association Resource Centre & PricewaterhouseCoopers, « ICF Global Coaching Client Study », avril 2009 (terrain septembre-novembre 2008, 2 165 clients, 189 répondants au ROI) — researchportal.coachingfederation.org
    5. Anthony M. Grant, « ROI is a poor measure of coaching success: towards a more holistic approach using a well-being and engagement framework », Coaching: An International Journal of Theory, Research and Practice, 5(2), 2012 — instituteofcoaching.org
    6. Ridler Report, 6e édition, résumé par Coaching at Work, 2016 (14 % de mesure financière, 74 % d'évaluation contre les objectifs) — coaching-at-work.com
    7. ESSEC IIES, « Guide du retour social sur investissement (SROI) », traduction du guide du Cabinet Office (Nicholls et al., 2009) — essec.edu
    8. Insee, « Insee Première n° 2070 : les entreprises créées en 2018, cinq ans après », 3 septembre 2025 — insee.fr
    9. ATD, « L&D's Struggle with Learning Evaluation », enquête Effective Evaluation, 779 répondants, 2019 — td.org
    10. Teasio, note interne « Prouver la valeur de l'accompagnement », pôle ingénierie pédagogique, octobre 2026 (non publiée ; exemple chiffré repris dans l'outil « L'escalier de la preuve »).

    Et dans votre activité ?

    Étape suivante : la preuve dans un cabinet de coaching

    Objectifs notés, enquête à 6 mois, rapport au sponsor du coaching.